Témoignages

Ma fille est tombée seule, sur la table d’accouchement. Mon conjoint l’a rattrapée avant qu’elle ne se fracasse au sol.

Mon témoignage pour 2008 :

Je suis tombée enceinte jeune. J’avais 20 ans en début de grossesse et 21 à l’accouchement. Je me suis faite suivre à l’hôpital X [à Montréal] parce que le père de mon conjoint y était docteur (néphrologue). J’avais énormément de craintes, mais tout le monde nous répétaient qu’elle n’étaient pas fondées, qu’à mon jeune âge tout irait bien.

Un matin (le 25 février 2008), je me suis levée avec des crampes comme lorsque j’avais des menstruations. J’étais alors enceinte de 23 semaines. Je suis allée à la toilette pour réaliser que je saignais pas mal. Nous avons immédiatement appelé un taxi pour nous rendre à l’hôpital X [à Montréal].

À l’entrée de l’urgence, on nous a envoyé dans une autre salle d’urgence au 2e étage si ma mémoire est bonne. Là, j’ai expliqué mon problème à l’étudiant au triage. Ils m’ont fait assoir dans une petite salle d’attente pendant 1h.

Ensuite, il m’a fait un examen. Quand je me suis déshabillée, j’étais couverte de sang. Il est devenu blême et répétait:  »Tu saigne vraiment beaucoup. » Je me rappelle m’être dit, oui je ne suis pas venue pour le Jello de la cafétéria, mais je suis restée très polie… Il m’a donc envoyé passer une échographie.

Ils ont constaté que je faisais des  »fortes » contractions. Comme c’était la même douleur que mes douleurs menstruelles, je ne m’en étais pas aperçu, je ne suis pas quelqu’une très à l’écoute de son corps et ma tolérance à la douleur est élevée. On m’a fait rentrer dans une chambre double sans rien m’expliquer. J’attendais encore de voir mon obstétricienne qui me suivait.

Je l’ai attendue 5 jours en tout, sans qu’elle ne daigne jamais venir me parler. J’étais jeune et j’avais, à l’époque, confiance dans le système de santé. À chaque 2-3h pendant les 4 premiers jours, un.e. étudiant.e. rentrait pour me faire un touché vaginal, voir mon effacement et ma dilatation. À chaque fois, mes contractions reprenaient de plus belle. Le pire, c’était le soir, quand mon conjoint était forcé à quitter l’hôpital.

Les trois premiers soirs, ils m’ont rentré en salle d’accouchement et rappeler mon conjoint d’urgence. Je comprend aujourd’hui que le stress d’être laissée seule avec ma voisine de chambre qui ne partageait pas du tout mes convictions, et d’être proie à mon angoisse devait affecter mon physique. Mais à 21 ans, on se connait moins bien… Je ne voulais pas du tout perdre le bébé, je l’aimais déjà ma petite Corinne.

J’ai demandé, le 2e jour, ce qui se passait. Un étudiant bête comme ses pieds m’a répondu que je faisais un décollement placentaire probablement dû à une prise de cocaïne. Bête comme ça. Mais le hic c’est que je n’ai, à ce jour, jamais fait de cocaïne et je n’aurais certainement pas commencer enceinte… J’ai protesté et il ne m’a même pas laisser finir mon argumentaire. Le lendemain, il m’a requestionné sur le sujet. J’étais hors de moi. Je lui ai dit de prélever mon sang, mes cheveux, peu importe, pour faire les tests nécessaires s’il ne me croyait pas, ils ont pris une prise de sang. Évidement c’était négatif, mais ça n’a rien changé à la suite.

Le 4e jour, ils voulaient me provoquer, j’ai catégoriquement refusée. On a rencontrer les néo-natalogistes en prévision de l’accouchement fortement prématuré. Ils et elles étaient les seuls docteurs de toute cette histoire qui ont prit le temps de nous parler, d’être francs, mais aussi de nous accorder un peu de dignité en nous demandant ce que l’on souhaitait faire d’un si petit bébé. On nous a expliqué qu’à 23 semaines, ils et elles n’étaient pas obligé de le sauver, mais qu’ils nous donnaient le choix et le respecterais. Ils et elles nous ont expliqué que les chances de survie de Corinne seraient de 10%, qu’il y avait de forte chance d’hémorragie cérébrale et aucune chance qu’elle ne soit un enfant  »normal ». J’étais en miette. J’ai demandé si elle crierait ou aurait des cheveux, ils m’ont dit que non, elle était trop petite.

Anéantie, mais au moins quelqu’un avait daigner m’expliquer ce qui m’arrivait à moi et ma fille. Ce soir là, j’ai pris la décision la plus difficile de ma vie, et j’ai côtoyer la mort pour la première fois de ma vie. Ce soir-là, j’ai décidé de laisser ma fille mourir plutôt que de la surmédicalisée. Ils m’ont donné de la morphine, même si je ne voulais pas, sous prétexte que j’étais à bout de souffle et que je devais me reposer. Je ne voulais pas affecter mon enfant, j’avais un maigre espoir que j’aurais pu me rendre à 26 semaines en tenant bon, les prognostiques étaient meilleurs…

Le lendemain matin, je tenais encore bon, je ne voulais pas me laisser accoucher. Mais ça faisait 5 jours que je faisais des hémorragies. J’étais un tigre si on me parlait de provoquer l’accouchement. Mais je saignais tellement que les infirmières paniquaient littéralement. Elle ont chercher mon étudiant-médecin (je n’avais toujours vu que lui), mais il était parti jouer au golf… Littéralement… Et elles ne trouvaient personne d’autre… C’est mon conjoint qui a fini trouvé un médecin en passant par une collègue de son père.

Je suis retournée en salle d’accouchement, je sentais que le bébé allait sortir, ils insistaient pour faire une épidurale. Je ne voulais rien, je l’ai dit à plusieurs reprises, mais ils m’ont dit que dans mon état, ce n’était plus ma décision.

Une anesthésiste est rentrée, très blême, pour me faire ladite piqure. Elle a manqué son coup. Elle a été se chercher un jus d’orange parce qu’elle faisait une chute de pression, elle nous a dit que c’était son 3e shift en ligne. Elle s’est ensuite réessayée, je sentais ma fille entre mes cuisses, je ne voulais pas d’épidurale. Elle m’a manquée, puis c’est à nouveau réessayée et a quitter la pièce pendant que 2 étudiantes se mettaient des gants. J’ai redit que je la sentait descendre, mais les étudiantes ont continuée de jaser entre elles sans me porter d’attention.

Ma fille est tombée seule, sur la table d’accouchement. Mon conjoint l’a rattrapée avant qu’elle ne se fracasse au sol.

L’épidurale n’a commencé à faire effet qu’après mon accouchement. Les deux étudiantes ont vu le bébé, ma fille Corinne, qui était super chevelue et pleurait à pleins poumons et on essayer de nous faire changer d’idée, là avec elle dans les bras, en pleurant elles aussi.  »Êtes vous sur madame, on peut essayer de la sauver. » Je les ai trouvée ignobles de nous faire ça. Ignobles.

Ils m’ont renvoyé avec ma fille dans une chambre privée. On l’a gardé sur ma peau jusqu’à ce qu’elle cesse de respirer huit heure après mon accouchement. J’étais ruine et colère. Et cet hôpital de merde a eu le culot de m’envoyer un pauvre premier année que je n’avais jamais vu pour me faire les condoléances et me voler mon bébés, mon petit corps, ma petite Corinne de 700 grammes pour l’amener à la morgue. Parce qu’en bas de 500 gr, on peut partir avec et l’enterrer sous un arbre dans son jardin, où sous des fleurs, mais à 700 grammes, c’est l’embaumement ou la crémation (surement une loi de merde voter par des hommes blancs). Et ils m’ont dit que je devais rester pour la nuit. Dans l’aile de la maternité, entourée de maman heureuse.

J’ai exiger mon congé sous peine de fuguer, j’ai tellement insisté que je l’ai obtenue. Mon conjoint et moi avons fait une plainte le mois suivant. On a reçu une réponse un an plus tard; plainte non retenu, ils ne considère pas avoir fait de faute. Moi je ne sais pas par laquelle commencer et c’est pour ça que c’est un long témoignage.

En 2013:

J’étais enceinte de mon dernier, Arthur. J’étais à 38 semaines, en fin juillet. Je vais à l’hôpital X [à Montréal] pour un suivi de grossesse.

Je dis à l’étudiante que je trouve ça lourd et elle me propose un stripping. Je dis: « Non! ma fille, née en 2011, a eue une jaunisse, je préfère attendre ». Elle me dit alors qu’elle va faire son touché vaginal. Je n’aime pas ça, mais d’accord, je suis curieuse.

Elle entame son touché et je ressens une douleur sourde au bas du ventre, pas comme à l’habitude… Je me demande si elle n’a pas procédé contre mon consentement. Je pense que je suis paranoïaque vu mon historique (voir témoignage précédent). Je rentre chez moi.

Finalement, quelques heures plus tard, j’ai des contractions. Je vais à l’hôpital, et à ma grande surprise, l’infirmière me dit, mais oui, on vous a fait un stripping, c’est marqué à votre dossier.

Je n’en revenais pas! J’ai porté plainte, mais je me suis fait dire que c’était sa parole contre la mienne.

Genevieve Simon