Témoignages

Je ne connaissais pas le mot. Épisiotomie. […] on n’a pas pris le temps de m’expliquer la procédure.

Mon histoire, curieusement, m’a semblé très banale. Même qu’en fait, je n’étais pas consciente que j’avais vécu une forme de violence obstétricale. 

En 2011, j’avais 21 ans. J’allais accoucher de mon premier enfant. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je n’avais aucun référent. Si je pouvais donner une note de 1 à 10 à l’expérience générale, je lui donnerais un 8.5. C’est pas mal, hein. Les deux infirmières qui m’ont accompagné durant cette aventure ont été parfaites du début à la fin. On m’a bien expliqué les conditions relatives à la péridurale. On m’a proposé des alternatives. Bref, tout allait très bien. Sauf qu’à un moment, l’équipe médicale a posé une action qui a littéralement changé mon corps sans m’avertir. Me prévenir.

Une fois la petite née et sous les soins de l’équipe néo-natale, je commence à trouver que ça fait un sapré bout de temps que la médecin joue encore entre mes cuisses. Je sens des trucs tirer, mais je ne sais pas trop ce qui se passe. Lorsque je demande si tout va bien, elle me dit tout bonnement qu’elle est entrain de me recoudre. Qu’ils ont du me couper pour aller chercher le bébé.

Je ne connaissais pas le mot. Épisiotomie. Évidement, personne ne m’a fait de cours d’éthimologie mais au delà de ça, on n’a pas pris le temps de m’expliquer la procédure. J’aurais apprécié même si l’action avait été accomplie. Qu’on me dise à quoi m’attendre pour la cicatrisation. Qu’on me dise ce que la non-action aurait causé. J’sais pas, juste me fucking parler aurait été pas mal mieux. Dans un monde idéal, avant coup, hein. Mais j’aurais pris des explications après les faits.

Par contre, suite à 12 heures de travail avec un bébé-bungee, je n’avais pas la force / la présence d’esprit de poser des questions. Je recommençais à respirer, à reprendre un souffle normal. Le soulagement que bébé-bungee soit enfin sorti. La préoccupation de sa respiration à elle qui n’était pas gagnée. Sur le coup, je m’en foutais un peu. C’est avec les années et les discussions avec des copines ayant elles aussi accouchées à leur tour que j’ai compris que ce n’était pas si banal. Que le geste commis envers mon corps, même s’il était requis médicalement, avait été posé sans mon consentement. Sans même qu’on prenne le temps de m’avertir. Ça aurait pris 1.2 secondes « Madame, on doit couper de peur qu’il y aie déchirement ». 

Je souhaite que le personnel médical réévalue son approche face au consentement. Que les choses aussi violentes qu’un coup de couteau (if you boil it down, c’est quand même ça) posé au corps d’une femme, même pour prévenir une blessure, soient expliquées. Soient nommées. Et idéalement, avant coup.

Marie Lecourt