Témoignages

Couchée sur le dos et sous péridural, le travail a considérablement ralenti et on m’a administré plein de médicaments sans me dire ce que c’était, à quoi ça servait et si j’étais d’accord.

J’ai accouché à l’hôpital X en 2009.
En arrivant, on a rit de moi parce que je n’avais « pas l’air très souffrante », alors que j’avais perdu mes eaux depuis 2h (j’avais pourtant suivi la consigne à la lettre).

On m’a découragée à utiliser le ballon, le bain et même à marcher dans le corridor. On me disait constamment : « tu devrais prendre la péridural, te coucher et dormir, comme les autres ». Ce que j’ai fini pas faire puisque toutes mes autres solutions de gestion de la douleur étaient remises en cause par les infirmières.

Couchée sur le dos et sous péridural, le travail a considérablement ralenti et on m’a administré plein de médicaments sans me dire ce que c’était, à quoi ça servait et si j’étais d’accord. Je l’aurais peut-être été (d’accord), mais on répondait à toutes mes questions : « inquiète-toi pas » ou « c’est pas pour toi, c’est pour ton bébé » (ce qui n’est pas super rassurant…). Finalement, au changement de shift médical, la nouvelle docteure décide de m’envoyer en césarienne.

On me débranche super rapidement, on vide la chambre, on ferme la lumière, on envoie mon conjoint porté mes bagages à l’unité post-natale, on me place prêt de la porte ET ON ME LAISSE SEULE SANS NOUVELLE PENDANT 20 MINUTES.

Mon conjoint fini par revenir et tente de savoir ce qui se passe auprès des infirmières en appelant avec la sonnette. Personne ne vient. Il finit par devoir se déplacer au poste des infirmières (ce qui implique de me laisser encore une fois toute seule). Une infirmière finit par nous dire qu’elle ignore ce qui se passe, mais que leur travail à elles est terminé. Je suis donc dans le « no man’s land » entre l’équipe de la salle de travail et l’équipe de la chirurgie. On se rappelle que je suis en travail actif (poussée) depuis 6h.

Finalement on vient me chercher. J’apprends qu’il n’y avait pas de brancardier disponible pour me monter en salle de chirurgie. 
La chirurgie se passe bien. Après c’est le black out. Je suis dans les vaps, seule en salle de réveil. Je ne sais pas où je suis, où sont mon fils et mon conjoint, s’ils vont bien. J’essaie de poser des questions. Pour toute réponse, on m’injecte un médicament dans la cuisse. Je me réveille à demi dans ma chambre de l’unité post-natale. On me dit que je dois allaiter. J’essaie de dire que je suis trop gelée pour le tenir. Je suis également trop gelée pour parler, donc on me le met on sein , j’ai juste peur de l’échapper mais je ne peux même pas le dire. Je ne sais pas comment cette première tétée s’est terminée. Je ne crois pas que j’étais consciente.

Plus tard je dois prendre des médicaments en cachets. Après quelques doses, je finis par avoir suffisamment repris mes esprits pour demander ce que c’est : des laxatifs! J’ai déjà la diarrhée. Jamais on ne m’a dis ce que c’était ou on a vérifié si j’en avais besoin. Je dois m’obstiner avec l’infirmière pour ne pas les prendre (c’est le protocole et elle insiste pour que je les prenne malgré que je lui dis que je souffre de diarrhée.) 

Je suis sous soluté et mes cuisses doublent de volume. J’ai mal et je ne peux plus me lever. Je veux qu’on m’enlève le soluté. L’infirmière refuse. Je dois endurer jusqu’au lendemain jusqu’à ce que le médecin fasse sa tournée de routine. Il me débranche immédiatement. J’aurais pu faire une phlébite. 
Suite à la césarienne, je saignais vraiment beaucoup. Les protections que j’avais amenées (conformément aux directives) n’étaient pas suffisantes. On a refusé de m’en fournir davantage. J’ai donc passé 3 jours à saigner dans mes draps. Déjà qu’on m’oblige à faire pipi dans un pot gradué, que je souille abondamment de sang et de diarrhée, mais que je suis obligée de montrer à l’infirmière sous menace de ne pas débrancher mon solutés (malgré les risques de phlébite). Bonjour la dignité. 

Inutile de dire que j’ai accouché de mon deuxième enfant à la maison.

Marie-Andrée Painchaud. Violence vécue en 2009.